01. Intro

Anish Kapoor chez Le Corbusier

Frère Marc Chauveau, commissaire

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Le Corbusier (1965) et dans la cadre de la Biennale d’art contemporain de Lyon, dont le thème est « la vie moderne », Anish Kapoor, considéré comme l’un des plus grands sculpteurs contemporains, est l’artiste invité au couvent de La Tourette, archétype de l’architecture moderne. Pour préparer cette exposition, Anish Kapoor est venu à La Tourette découvrir et expérimenter l’architecture en vue de sélectionner les oeuvres d’art aujourd’hui présentées. Sur place, on l’a vu attentif et touché par la façon dont la lumière est mise en scène et joue avec le bâtiment; et par les textures des murs de béton brut laissant deviner le bois des coffrages. Il a été sensible également aux imperfections que le couvent montre dans la finition des bétons car elles rendent humaine cette architecture en apparence rigoureuse. Une fois encore, cette rencontre suscite un dialogue fécond et bouleversant entre patrimoine artistique et création contemporaine. Les oeuvres exposées interagissent avec l’architecture de multiples façons, soit dans un jeu de reflets avec des miroirs ; soit dans un dialogue de matières et textures entre murs de béton et pièces en cire ; soit enfin dans une résonance entre canons de lumière et sculptures circulaires. Les oeuvres d’Anish Kapoor suscitent une mise en abyme, comme le sentiment d’être happé, emporté dans une relation à l’infini. Elles ne sont pas par nature mystiques mais cependant ouvrent à une dimension spirituelle dans ce lieu. Comme pour les expositions précédentes à La Tourette, un catalogue spécifique présentant l’ensemble des oeuvres in situ est édité afin de conserver la mémoire de cette rencontre exceptionnelle, tandis que la version numérique du présent catalogue rend compte de cette expérience.
Depuis sept ans, les Dominicains du couvent de La Tourette, construit dans les années cinquante par Le Corbusier en région lyonnaise, programment des expositions d’art contemporain dans ce lieu qu’ils souhaitent ouvert sur le monde d’aujourd’hui. L’audace manifestée par les Dominicains dans le choix de l’architecte, il y a plus d’un demi-siècle, perdure aujourd’hui avec l’organisation d’expositions qui sont conçues comme des rencontres entre les oeuvres d’un artiste plasticien et l’oeuvre architecturale de Le Corbusier, avec comme objectif de susciter un dialogue fécond entre patrimoine architectural et création contemporaine. Les artistes invités jusqu’à présent ont été François Morellet (2009) ; Vera Molnar, Ian Tyson et Stéphane Couturier (2010) ; Alan Charlton (2011) ; Éric Michel (2012) ; Anne et Patrick Poirier (2013) et Philippe Favier (2014). Ce qui est entrepris à La Tourette est unique sur la scène artistique française. La vocation du lieu traduit en effet ce qui, d’une certaine façon, n’existe nulle part ailleurs : la singularité d’une alliance qui unit architecture corbuséenne, vie religieuse, vie quotidienne, et art contemporain.
Les expositions de ces dernières années ont montré combien les oeuvres prenaient place naturellement dans le couvent, tant le dialogue qu’elles instauraient avec l’architecture se révélait juste. Il en résultait un renouvellement du regard, à la fois sur le bâtiment et sur les oeuvres. Cette articulation entre un lieu spirituel vivant, la qualité architecturale du couvent et la qualité artistique des oeuvres choisies, fait de chaque rencontre une expérience unique. Les oeuvres ne sont plus exposées mais « habitent » le couvent. Elles prennent le sens d’une présence dans un lieu lui-même habité. 

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